mardi 28 mars 2017

L'entrepreneur individuel

Pourquoi les conseils standards ne fonctionnent pas pour l'entrepreneur individuel

Un constat qui dérange

Il existe une littérature abondante sur l'entrepreneuriat. Des méthodes, des recettes, des étapes. « Trouvez votre niche », « construisez votre personal branding », « scalez votre activité ». Ces conseils sont partout. Ils sont répétés, reformulés, vendus.

Et pourtant, la plupart des entrepreneurs individuels qui les appliquent n'obtiennent pas les résultats annoncés. Non pas parce qu'ils manquent de travail ou de compétence. Parce que ces conseils ont été conçus pour un modèle qui n'est pas le leur.

L'entrepreneur individuel n'est pas une start-up. Il n'a pas d'investisseurs, pas d'équipe, pas de budget marketing. Il a une expertise, un savoir-faire, une envie de construire quelque chose qui lui ressemble. Et il se retrouve face à des méthodes pensées pour des structures qui n'ont rien à voir avec la sienne.

Ce que la production de masse abandonne

Pour comprendre l'entrepreneuriat individuel, il faut d'abord regarder ce que les grandes organisations délaissent.

La loi de Pareto, formulée à la fin du XIXᵉ siècle, établit qu'environ 20 % des causes produisent 80 % des effets. Appliquée au commerce, cette asymétrie signifie qu'une minorité de produits génère la majorité du chiffre d'affaires. Toute organisation dont le modèle repose sur les économies d'échelle a donc un intérêt rationnel à se concentrer sur cette minorité rentable, et à abandonner le reste.

Cet abandon n'est pas un oubli. C'est une contrainte de modèle. Les grandes structures ne peuvent pas servir rentablement des marchés à faible volume. Leurs coûts fixes, leurs processus, leurs exigences de rentabilité les en empêchent.

Ces marchés abandonnés ne sont pas des déserts. Ce sont des espaces où des besoins existent, mais où la production de masse ne peut pas répondre. C'est là que se situe l'opportunité de l'entrepreneur individuel.

La longue traîne : ce que l'économie numérique change

En 2006, Chris Anderson a formulé le concept de longue traîne. Sa thèse : dans l'économie numérique, la quasi-absence de coût de stockage et de distribution rend rentables des produits qui ne se vendraient qu'à quelques dizaines ou centaines d'exemplaires.

Concrètement, ce que cela change pour un indépendant :

  • Un accompagnement qui ne touche que trente personnes par an peut être viable s'il n'implique pas de coût de production industrielle.

  • La distribution en ligne supprime la contrainte du rayon limité.

  • Les outils numériques permettent à une seule personne de servir une niche sans structure lourde.

Là où une entreprise a besoin de volume pour couvrir ses coûts fixes, l'indépendant peut opérer à une échelle que la production de masse ne peut pas atteindre.

Pourquoi l'entrepreneur individuel a un avantage structurel

Trois raisons rendent cet espace favorable à l'entrepreneur individuel.

La concurrence y est faible pour une raison structurelle. Les acteurs de masse n'y vont pas parce que leur modèle ne le permet pas. Vous n'affrontez pas des géants : vous occupez un terrain qu'ils ne peuvent pas occuper.

La relation y pèse plus que le prix. Sur un marché restreint, la proximité, la personnalisation et l'expertise pointue ont plus de valeur qu'une remise. C'est un terrain favorable à l'accompagnement.

La viabilité s'atteint à petite échelle. Vous n'avez pas besoin de milliers de clients. Un positionnement clair sur une audience identifiée peut suffire à construire une activité qui tient.

Ce qu'il faut retenir

Les conseils standards de l'entrepreneuriat ne fonctionnent pas pour l'entrepreneur individuel parce qu'ils ont été conçus pour un autre modèle. L'opportunité de l'indépendant ne se situe pas dans la course au volume, mais dans l'occupation d'espaces que la production de masse abandonne.

Ce n'est pas une voie facile. C'est une voie différente. Elle demande de comprendre la structure économique des niches, de renoncer aux recettes toutes faites, et d'accepter que la construction prenne du temps.


Pour une analyse plus détaillée de cette approche, voir le blog consacré à l'entrepreneuriat individuel : [lien vers coaching-personnel.emc2p.fr].

vendredi 3 mars 2017

Repenser la relation managériale

Vous avez un manager difficile. Et si vous pouviez changer la relation ?

Le constat

La relation entre un manager et son collaborateur est une relation dissymétrique. L'un a le pouvoir de décider, d'évaluer, de sanctionner. L'autre subit ces décisions. Cette dissymétrie est structurelle. Elle fait partie du jeu.

Mais elle ne signifie pas que le collaborateur est sans pouvoir. Il a des leviers. Il a des marges de manœuvre. Il a des outils. La question est de savoir comment les utiliser.

Ce que la dissymétrie produit

Quand une relation est dissymétrique, elle produit des comportements prévisibles. Le manager s'habitue à décider. Le collaborateur s'habitue à subir. Le manager ne demande plus. Le collaborateur n'ose plus.

Cette habitude n'est pas une fatalité. Elle est le produit d'un système. Et un système peut être modifié. Pas par la confrontation, pas par la soumission. Par une autre voie.

L'outil de la communication non violente

La communication non violente, ou CNV, est un outil qui permet d'exprimer ce que l'on ressent et ce dont on a besoin sans agresser l'autre. Elle repose sur quatre étapes : observer les faits sans juger, exprimer son ressenti, identifier son besoin, formuler une demande.

Appliquée à la relation avec son manager, elle permet de sortir du registre de la plainte ou de l'affrontement. Elle permet de dire : voici ce que je vis, voici ce dont j'ai besoin, voici ce que je propose. Le manager n'est plus un adversaire. Il est un interlocuteur.

L'outil des preuves

Dans une relation dissymétrique, les faits sont la meilleure protection. Un collaborateur qui documente son travail, ses réussites, ses difficultés, ses propositions, se donne les moyens de parler autrement que par l'impression ou par l'émotion.

Les preuves ne servent pas à accuser. Elles servent à fonder. Elles permettent de dire : voici ce que j'ai fait, voici ce que j'ai obtenu, voici ce que je propose. C'est factuel. C'est difficile à contester. C'est la base d'une conversation entre adultes.

L'entretien d'évaluation comme atout

L'entretien d'évaluation est souvent vécu comme un moment subi. On y va pour recevoir une note, pour entendre des reproches, pour se justifier. C'est une erreur.

L'entretien d'évaluation est un moment formel où la parole du collaborateur a une valeur particulière. C'est un espace où il peut proposer, où il peut demander, où il peut orienter la conversation. C'est un levier, pas une contrainte.

Un collaborateur qui prépare son entretien, qui apporte des faits, qui formule des demandes, qui propose des évolutions, change la nature de l'exercice. Il n'est plus évalué. Il est en négociation.

Ce qu'il faut retenir

La relation avec son manager n'est jamais à sens unique. Elle est dissymétrique, mais elle n'est pas figée. Le collaborateur a des leviers. Il peut rééquilibrer la relation, pas en renversant le rapport de force, mais en utilisant les outils à sa disposition : la communication non violente pour dire les choses, les preuves pour fonder ses propos, l'entretien d'évaluation pour porter ses demandes.

Ce n'est pas une question de courage. C'est une question de méthode.


Pour aller plus loin sur les outils qui permettent de rééquilibrer la relation avec son manager, voir la page Publications.